[je] dé-missionne

Ce texte ne raconte pas d’histoire(s) _ la parole comme mise en mouvement d’un individu.
Un individu qui ne veut plus suivre la ligne, ne plus rien écrire du tout.
Le personnage va au contact ; il marche, va voir et dit les choses en face.

[je] Dé-mission(ne) n’est ni un livre, ni une pièce, ni une installation, ni, ni…
un manuscrit
pas encore publié mais pourtant bien vivant
il est déjà tout à la fois,
davantage et moindre que la somme de ses parties
un teXte, nécessairement primitif et transitif

Ce qui suit n’est pas le texte de [je] Dé-mission(ne) mais des notes sur ce qui s’est ressenti autour du texte et de son écriture, avant, pendant, après, encore.

[je] dé-missionne – s’est écrit en fumée

d'un corps plus chaud et plus humide que l'air.
embrasant par échauffement mécanique.
par mots suspendus.
à l'horizon du regard qui pose l'envie.
sans assigner de forme unique.
coïncider au souffle de multiples affections_ parole danse livre.
conserver les potentialités incandescentes du texte, susceptible de transporter sa chaleur, de provoquer la naissance d'un autre feu, éloigné du foyer initial.
s'allier au vent pour se répandre et non pas se dissiper.
modifie la perception des couleurs et la lecture des mots.
pique un peu les yeux.
trouble la vue habituelle des choses entendues.
masque les positions exactes.
oblige à avancer mains et bras devant, prêts à toucher, se baisser, retrouver le contact du sol pour se mouvoir.
seuls risques : résister à l'opaque, ne pas comprendre, et chercher encore à voir, à reconnaître à tout prix reconnaître, se raccrocher aux formes distinguées.


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[je] Dé-mission(ne)-s’est écrit en chemin

[je] Dé-mission(ne)-s’est écrit en butée

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[je] dé-missionne_s’est écrit en butée

IMGP3510Ecrire un livre suppose d’accepter

accepter de s’asseoir pour coucher par écrit

accepter que le teXte existe sur une page, puis sur plusieurs successivement

accepter qu’il s’étire de gauche à droite

accepter la ligne, son horizontalité première, son éternel retour à

accepter que tout cela ait un sens, ou du moins peut-être.

 

Longtemps, j’ai cru qu’accepter était se résigner parce que /je/

gardais le souvenir pétrifiant de la chaise, préférant m’allonger pour coucher par plaisir

me cabrais devant la douce et invisible dictature de la linéarité

voyais dans la page un procédé de contention assurant la pérennité de la correction ortho-graphique.

 

Concurremment, mon corps s’est souvenu jusqu’à percevoir

le livre comme un volume, un espace feuilleté

chaque page comme telle, à prendre dans sa matérialité brute, un espace à investir dans toutes ses dimensions, une scène sur laquelle jouer et danser

la ligne droite dans son mouvement qu’il fallait détourner.

 

Vivement, la résistance que j’opposais à l’objet a déclenché la nécessité de faire livre de ce teXte

de cette mise en mouvement d’un individu qui justement ne veut plus revenir à la ligne, ne plus rien écrire du tout.

Le livre fut alors tout un con-teXte propre à travailler, paradoxalement commun et sacralisé

un con-teXte nécessaire en raison des conditions matérielles qui précisément le définissent.

 

Continûment, ce livre a pu être car le teXte est venu s’y mouvoir en butée

contre tant de suffisance, même imaginée

contre les bords qui somment le regard et le pas

contre l’habitude de l’oeil, faire trébucher

contre l’ordre de lecture, percuter

tout contre

au contact

 qu’est-ce que je fais                                                                                                                         j’écris

sur la page quand

qu’est-ce que cela me fait                                                                                                                   je lis

 


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[je] dé-missionne_s’est écrit en chemin

IMGP3510Porter une attention particulière à « quand les choses ont commencé » suppose d’accorder une valeur aux dates ou à ce qui ferait événement, en les rendant signifiants.

Pour autant que ces affleurements soient les manifestations visibles d’un mouvement en-train-de, ils peuvent constituer des repères, et parfois des souvenirs.

Je garde la sensation du mouvement que fut cette écriture_la mobilisation du corps à autre chose_l’expérience corporelle, graphique et visuelle de la /dé-mission/

Le nécessaire dé-part. Les lieux y ont fait coïncidence en terrains d’écriture.

Magura, entre les pleines bouches de lait frais et les ascensions enthousiastes, parvenir à s’assoir assez longtemps et enfin, pour que plusieurs pages s’écrivent et se fassent suite, pour trouver l’envie d’y revenir, pour sentir enfin la nécessité de faire.

Palamartsa, les doutes qui cognent contre l’hiver, la persévérance.

Bucarest, la démesure qui vous dévale _ temps des re-lectures_la danse en re-déclencheur.

Tilos où il n’est possible que de finir.

Loin_le bureau, table-chaise et murs, tant de verticalités, corps démonté-les premières giclées

 

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