que l’on croise comme ça

récits et commentaires de ce(ux) qui traverse(nt).

Coline Pierré et Martin Page – On ne range pas le passé… De la pluie

De partage en commentaires, les fils du net secrètent le hasard.

J’ai lu ce matin un texte de Coline Pierré sur le blog Le carré jaune. Un texte de blog sur les blogs comme le présente l’auteure et qui en dit long sur comment l’écriture nous (pour)suit. Coline Pierré, de blogs en carnets, fait état de son éparpillement et de la trace que tous ses textes ont laissée en elle, adolescence traversant. Et puis une générosité, ce lien bonus : une chanson écrite et enregistrée il y a 10 ans, Au creux de la main.

Je me suis retrouvée dans ses tas de carnets et autres feuilles volantes que je traine ou perds depuis des années aussi. Des années qui remontent elles aussi.

Capture d'écran 2016-07-12 13.12.37Ainsi de suite de visiter le site d’édition de Coline Pierré et Martin Page, Monstrograph, et de revoir passer sous mes yeux De la pluie (du gris nacre au fuchsia pour la couverture). Le livre que Martin Page avait publié chez Ramsay en 2007 et qui m’avait fait comprendre pourquoi je ne sortais jamais avec un parapluie (et pourquoi donc peut-être certains me regardaient de travers quand je sortais non armée). De la pluie, une lecture à ne pas manquer, surtout en été! D’une belle poésie qui nous trempe jusqu’aux rêves.

Alors de venir affleurer « la fine couche de peau » et me souvenir de ce texte écrit il y a presque 10 ans, dans la foulée de la première lecture de De la pluie. Un texte que j’avais glissé dans un fichier appelé « Miettes » publié dans une auto-édition inventée « Dans ma cabane ». Ce n’était plus alors l’adolescence depuis presque 10 ans déjà mais j’y retrouve une certaine naïveté fougueuse.


(copié-collé ci-dessous tel quel – 2007)

Je n’arrive pas à acheter un parapluie.

J’en ai bien eus quelques uns ; on me les a prêtés ou donnés. Dans le premiers cas, je les ai toujours rendus, le plus vite possible, Je suis quelqu’un de très poli. Dans le second cas, je les ai toujours perdus, le plus vite possible. Je suis quelqu’un de très appliqué.

Il nous est tous arrivé de repartir de chez quelqu’un avec un parapluie entre les mains. C’est un geste courant ; ce n’est pas un cadeau, c’est un don. Pour beaucoup, il s’apparente dans l’inconscient à une action humanitaire : « Donner un parapluie, le geste qui sauve ». La pluie nous renvoie à un combat primitif, celui de l’Homme contre la Nature. En embuscade derrière la fenêtre, on observe l’ennemi. La menace est imminente : parés de leur plus sombre uniforme, les nuages serrent les rangs et se tiennent prêts à nous mitrailler. Vous n’aviez pas soupçonné l’attaque ? N’ayez crainte. L’hôte, en sa forteresse, se porte à votre secours en vous tendant un parapluie ! Les plus belliqueux en ont même tout un arsenal dans leur placard. On vous arme alors d’un bouclier. La troupe des convives vous adoube d’un regard d’acier. Nouvelle recrue, vous intégrez le bataillon des Hommes armés face à la Nature.

Pendant longtemps, je n’ai pas eu assez de cran pour refuser un tel grade. Dans nos sociétés policées, la légèreté est le privilège exclusif de la jeunesse. Adulte, un pareil refus se comprend comme un acte subversif qui fait de vous un véritable kamikaze. J’ai ainsi accepté de nombreux parapluies. Je les ai tous perdus avec un naturel inespéré. Sans même en éprouver la moindre tristesse ou culpabilité. D’ailleurs, vos congénères cautionnent ce détachement : pas de panique, on vous réarme aussitôt d’un nouveau parapluie sans s’affliger un seul instant de la perte du précédent. C’est pour votre hôte l’occasion d’un nouveau don ; vous lui offrez son salut. Un parapluie n’est pas chargé de valeur affective. Il y a chez le parapluie un patriotisme rare : il sert ; un esprit de sacrifice exemplaire, de l’utilitaire à l’état brut !

Le dernier que l’on m’a donné, je l’ai toujours ; en mémoire des ses camarades disparus au combat. Il connaît la pire des existences : ignoré, enfoui je-ne-sais-où. C’est plus fort que moi, je ne pense jamais à lui. Il faut dire que je me soucie rarement de savoir s’il pleut. Je m’en réserve la surprise en sortant de chez moi : « Tiens… ? Il pleut ! ». Les gouttes chatouillent mon visage et se nichent dans le tissu de mes vêtements, parfois même tout contre ma peau. Ce n’est qu’une fois dehors que l’idée du parapluie se rappelle à moi : des gens responsables et avisés ont sorti leur parapluie. Je dois avouer mon incapacité chronique à m’équiper de cette panoplie d’adulte. Je n’ai d’ailleurs pas non plus d’imperméable. L’achat d’un manteau a déjà été un cap difficile à franchir. J’en ai deux : un en feutrine et un autre qui se fait appeler « doudoune ». Parfaitement inadaptés à la pluie. J’en fais le constat à la moindre averse : je m’imbibe.

Je n’ai pas l’âme d’un soldat. Avec le temps j’ai fini par m’habituer aux regards désolés des gens pour l’inconscient qui n’a pas de parapluie. Ils me laissent partir de chez eux le cœur serré, accablés par la perspective de ma condamnation certaine : « Le pauvre, il va être mouillé par la pluie ».


Et de me rappeler encore qu’à l’époque j’avais commencé à écrire Du vent.

 

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Christiane Jatahy-What if…?

Je suis allée voir What if they went to Moscow? au Théâtre de la Colline, d’après les Trois Soeurs de Tchekhov. Le même jour sortait L’espace du commun, le théâtre de Christiane Jatahy aux Editions Publie.net.

Quand le théâtre vous transforme, quand l’expérience de l’art dure, on vit le réel autrement. Quelques lignes écrites le lendemain matin ou.



 

Le réveil sonne. Vous l’éteignez, comme toujours. Vous regardez l’heure, il pourrait être hier ou bien même demain. Vous vous réveillez dans le regard des trois soeurs.

A la radio, vous entendez : François Hollande – loi travail – periscope, vidéo en temps réel – Se faire troller, c’est vieux comme le monde ou jeune comme les réseaux sociaux.

Vous vous demandez : qu’est-ce que cela signifie « être de son temps »?

Vous entendez : vous vivez en France – vous êtes la représentante – qu’est-ce qui se profile à l’horizon ?

Vous vous rappelez les trains qui passent.

Vous entendez : énorme – on touche des gens qui ne sont pas là – Donald Trump retwitte Mussolini

Vous regardez : il n’y a plus de thé à verser, les trains se taisent.

Vous éteignez la radio et dans ce silence Irina et Olga vous parlent comme si c’était hier : « Aujourd’hui, le mardi 1er mars 2016 à 19h39 (…) au théâtre de la Colline mais aussi au cinéma (…) la ligne ténue du temps, le présent, que l’on va essayer de franchir (…) Jusqu’où va la fiction que nous créons ? ».

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Espace Périphérique – en cours de résidence 6

Anna    m’a  demandé   …   en retour et se croise, sans trop le réfléchir, en second mouvement … Je Si / Ne Ça / Sais Se / Pas Dit comme dirait Zied Meddeb Hamrouni … les jours sont toujours plusieurs


 

elle n’a rien à faire là

elle n’était pas prévue

tu aurais préféré ne pas la voir

ne pas y avoir affaire

il aurait été plus facile de l’ignorer

et pourtant elle est là, d’un bout à l’autre

irruptive

à briser les consécutifs

 

ça fait flipper une diagonale

peur de ne pas y arriver

tu ne sais pas comment y rentrer

tu restes sur le bord

mais on ne peut pas faire semblant

croire et se laisser croire que tout peut être comme avant

peut-être qu’il faut aller chercher autre chose

tu mets le pied dedans et t’y vas avec le désir

 

qu’est-ce que tu lui veux à la diagonale

qu’est-ce que t’as à lui dire

 

elle te fait chier la diagonale

elle a une sale face la diagonale

c’est sûr qu’elle a une putain de langue la diagonale

de celle qui tire sur tout ce qui bouge

 

la diagonale là est un chemin mais elle aurait très bien pu être un carré

elle est d’un monde bien plus vaste que tu ne la vois

 

A force on réfléchit trop

on réfléchit trop par force

on laisse venir le sourire

sourire grand et large d’un bout à l’autre

parce que c’est cela ou la colère, la colère

large et profonde

la diagonale

tu voudrais lui cracher à la gueule

t’as les dents qui gouttent

et bien vas-y goutte, goutte vraiment

laisse couler qu’est-ce que tu risques

une diagonale

 


Résidence à L’Espace PériphériCapture d'écran 2015-11-12 23.51.12que du 6 au 19 novembre 2015.

Coline Froidevaux, danseuse, équilibriste et trapéziste Washington, diplômée de l’Académie Fratellini en 2013

Anna Rodriguez, chorégraphe, metteuse en scène, poursuit son travail à travers la transmission et la création chorégraphique notamment auprès des circassiens.

Juan Jurado, compositeur et chef d’orchestre diplômé du Conservatoire Supérieur del Liceu à Barcelone et directeur de l’orchestre JOCPE (Jeune Orchestre de Chambre de la Passió de Esparreguera).

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Espace Périphérique – en cours de résidence 5

Anna    m’a  demandé   …   en retour et se croise, sans trop le réfléchir … parce qu’on ne sait pas si ça se dit … certains jours sont plusieurs


 

Ton vide est de l’autre côté

undeuxtroisquatre

1tueslà – tuvienslà2 – tuouvres3

on fait souvent en 3 mais tu peux le couper en 4

en animal, les mains sous les seins, tu le laisses venir

j’aurais aimé que tes poils poussent par là

il y avait du vent

cela n’aurait rien retiré à rien

même pas à cela

tes cheveux le voulaient aussi

la nudité tu t’en fous

tu n’as rien

tu as disparu mais tu avais une grosse tête

tu la mets c’est comme si tu te taisais

une fois que tu l’as donnée tu peux continuer

ça devient long si tu finis

 


Résidence à L’Espace PériphériCapture d'écran 2015-11-12 23.51.12que du 6 au 19 novembre 2015.

Coline Froidevaux, danseuse, équilibriste et trapéziste Washington, diplômée de l’Académie Fratellini en 2013

Anna Rodriguez, chorégraphe, metteuse en scène, poursuit son travail à travers la transmission et la création chorégraphique notamment auprès des circassiens.

Juan Jurado, compositeur et chef d’orchestre diplômé du Conservatoire Supérieur del Liceu à Barcelone et directeur de l’orchestre JOCPE (Jeune Orchestre de Chambre de la Passió de Esparreguera).

 

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Espace Périphérique – en cours de résidence 4

Anna m’a demandé de venir pour laisser se faufiler le regard et attraper quelques mots. Je suis donc leur résidence à l’Espace Périphérique pendant quelques jours, stylo à l’oeil et caméra au doigt.

J’écoute et me laisse traverser.

J’écris ce que j’entends. J’écris ce que je vois. J’écris ce que je parle à ce qui apparaît et se meut. J’écris à trois pattes.

Et de toutes ces notes, faire quelque chose le soir, comme cela vient en retour et se croise, sans trop le réfléchir, comme en second mouvement qui se souvient du premier et le modifie. Après ? Après on verra.


Ton vide est de l’autre côté from natacha margotteau on Vimeo.

Elle L’enroule

Elle se traîne

Elle La retourne

Elle se retourne

Elle L’étend

Elle se plie

Elle L’étale

Elle se tord                                                                                    L

L La retourne                                                                                                                  retourne La L

L se plie                                       L L’ La

L L’enroule                                                             L se La                                 La tord se plie

L se tord                                                        La L L’en                   roule                                                L                   L

L L’étale                             L La se                                                               L’étale L’étend                       L se traîne

L se retourne                                       tord                                                                                        se

L L’étend                                                                                             La se

L se traîne                                                                            L                                                               La

 


Résidence à L’Espace PériphériCapture d'écran 2015-11-12 23.51.12que du 6 au 19 novembre 2015.

Coline Froidevaux, danseuse, équilibriste et trapéziste Washington, diplômée de l’Académie Fratellini en 2013

Anna Rodriguez, chorégraphe, metteuse en scène, poursuit son travail à travers la transmission et la création chorégraphique notamment auprès des circassiens.

Juan Jurado, compositeur et chef d’orchestre diplômé du Conservatoire Supérieur del Liceu à Barcelone et directeur de l’orchestre JOCPE (Jeune Orchestre de Chambre de la Passió de Esparreguera).

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Espace Périphérique – en cours de résidence 3

Anna m’a demandé de venir pour laisser se faufiler le regard et attraper quelques mots. Je suis donc leur résidence à l’Espace Périphérique pendant quelques jours, stylo à l’oeil et caméra au doigt.

J’écoute et me laisse traverser.

J’écris ce que j’entends. J’écris ce que je vois. J’écris ce que je parle à ce qui apparaît et se meut. J’écris à trois pattes.

Et de toutes ces notes, faire quelque chose le soir, comme cela vient en retour et se croise, sans trop le réfléchir, comme en second mouvement qui se souvient du premier et le modifie. Après ? Après on verra.


Périphérique (adj et subst masc.)

1- Elément situé. Sur le pourtour, excentrique.

2- Se dit d’un espace relatif.

3- Voie de circulation rapide autour.

4- Qui se trouve, se produit ou s’effectue dans les régions externes du corps, d’un organe, d’un appareil.

5- Émetteur situé dans les pays limitrophes auxquels les émissions sont destinées.

6- Dispositif connecté à un système qui ajoute à ce dernier des fonctionnalités.


IMG_0294

Périphériques les bruits, ceux qui bouchent.

Périphériques les lignes, celles qui frôlent.

Périphériques les paroles, celles qui poussent pour se faire entendre.

Périphérique le temps, celui qui a lieu.

Périphériques les silences, ceux qui grattent.

Périphérique le bleu qui rouge.

 


 

Résidence à L’Espace PériphériCapture d'écran 2015-11-12 23.51.12que du 6 au 19 novembre 2015.

Coline Froidevaux, danseuse, équilibriste et trapéziste Washington, diplômée de l’Académie Fratellini en 2013

Anna Rodriguez, chorégraphe, metteuse en scène, poursuit son travail à travers la transmission et la création chorégraphique notamment auprès des circassiens.

Juan Jurado, compositeur et chef d’orchestre diplômé du Conservatoire Supérieur del Liceu à Barcelone et directeur de l’orchestre JOCPE (Jeune Orchestre de Chambre de la Passió de Esparreguera).

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Espace Périphérique – en cours de résidence 2

Anna m’a demandé de venir pour laisser se faufiler le regard et attraper quelques mots. Je suis donc leur résidence à l’Espace Périphérique pendant quelques jours, stylo à l’oeil et caméra au doigt.

J’écoute et me laisse traverser.

J’écris ce que j’entends. J’écris ce que je vois. J’écris ce que je parle à ce qui apparaît et se meut. J’écris à trois pattes.

Et de toutes ces notes, faire quelque chose le soir, comme cela vient en retour et se croise, sans trop le réfléchir, comme en second mouvement qui se souvient du premier et le modifie. Après ? Après on verra.


Aujourd’hui était un lendemain.

Pourtant ou justement, nous sommes venus dans cet Espace Périphérique.

J’ai très peu écrit mais j’ai écouté et posé l’oeil. Le trapèze Washington suspendu au ciel bleu et rond.

photo(3)

 

 

 

 

 

 

 

Périphérique le soleil.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne sais pas si ça dit : « renversant le fil de la trame comme quelqu’un qui s’efforcerait à défier ses limites; un dialogue intérieur brut s’opère alors en elle, nous donnant à ressentir une infinie partie des forces et résistances qui sont en nous « 

 


Résidence à L’Espace PériphériCapture d'écran 2015-11-12 23.51.12que du 6 au 19 novembre 2015.

Coline Froidevaux, danseuse, équilibriste et trapéziste Washington, diplômée de l’Académie Fratellini en 2013

Anna Rodriguez, chorégraphe, metteuse en scène, poursuit son travail à travers la transmission et la création chorégraphique notamment auprès des circassiens.

Juan Jurado, compositeur et chef d’orchestre diplômé du Conservatoire Supérieur del Liceu à Barcelone et directeur de l’orchestre JOCPE (Jeune Orchestre de Chambre de la Passió de Esparreguera).

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Espace Périphérique – en cours de résidence 1

Anna m’a demandé de venir pour laisser se faufiler le regard et attraper quelques mots. Je suis donc leur résidence à l’Espace Périphérique pendant quelques jours, stylo à l’oeil et caméra au doigt.

J’écoute et me laisse traverser.

J’écris ce que j’entends. J’écris ce que je vois. J’écris ce que je parle à ce qui apparaît et se meut. J’écris à trois pattes.

Et de toutes ces notes, faire quelque chose le soir, comme cela vient en retour et se croise, sans trop le réfléchir, comme en second mouvement qui se souvient du premier et le modifie. Après ? Après on verra.


Espace Périphérique1

 


 

Résidence à L’Espace PériphériCapture d'écran 2015-11-12 23.51.12que du 6 au 19 novembre 2015.

Coline Froidevaux, danseuse, équilibriste et trapéziste Washington, diplômée de l’Académie Fratellini en 2013

Anna Rodriguez, chorégraphe, metteuse en scène, poursuit son travail à travers la transmission et la création chorégraphique notamment auprès des circassiens.

Juan Jurado, compositeur et chef d’orchestre diplômé du Conservatoire Supérieur del Liceu à Barcelone et directeur de l’orchestre JOCPE (Jeune Orchestre de Chambre de la Passió de Esparreguera).

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L’aiR Nu des ricordi

Chronique d’une expérience de lecture :

j’ai lu et relu Ricordi de Christophe Grossi pour les premières fois en décembre 2014. Son livre était arrivé au Temps de Vivre (librairie-lieu à Aixe-sur-Vienne) après un long voyage, la veille de mon départ pour  Tilos la grecque. J’ai donc emporté ce bel objet de l’Atelier contemporain avec moi dans le silence et le blanc bleu de l’île.

De cette lecture, j’ai fait une recension pour la revue nonfiction et un article sur le cabinet d’écriture numérique sur Rue89. Mais cela était insuffisant, il restait à dire. Nulle part je n’avais trouvé l’espace de dire ce que ces lectures-relectures m’avaient fait au corps : par où étaient passés ces ricordi, comment ils étaient de ce qui nous meut.

Je pensais l’écrire ici mais ressentais davantage la nécessité de le dire, de le dire avec. Le temps de vivre fait son chemin. Et il y a des rencontres. Au printemps dernier, Mathilde Roux me demande de lire Ricordi pour L’aiR Nu ; un espace de la parole s’est alors ouvert. Ce collectif (Piero Cohen-Hadria, Mathilde Roux, Anne Savelli, Joachim Séné) offre une belle aventure : « inscrire la littérature dans un lieu, par la voix, l’écriture et la lecture ». Merci à eux.

J’ai donc lu Ricordi comme il m’avait fait au corps, entre manège et cirque, avec

sur le chemin de L’aiR Nu, l’Italie dans le dos. (cliquer sur l’image pour lancer la mise en sons)

Capture d'écran 2015-09-30 13.07.27

 

Après le temps de dire, revient le temps d’écrire.

Je retranscris ici les quelques mots que j’avais notés en décembre 2014 en écho à cette expérience de lecture des ricordi :

« A lire et relire les ricordi, je me demandais à mon tour combien de temps durerait ce cirque.

Un livre qui donne du fil à retordre, l’esprit se retrouvant aussi entortillé qu’une corde. La sensation paradoxale que tout se tient, tout file, se lie et se lit à la fois. Une expérience de lecture qui vient percuter mon terrain d’écriture : la relation des objets écrits au corps.

Les Ricordi troublent la gravité, cette ligne d’équilibre qui prédispose au mouvement. Chahutent la posture. Comme une intranquilité joueuse. L’impression qu’il me faut redoubler d’attention pour sentir quelles parties du corps font contact avec le sol et comment elles le font, comment en retour ce que nous touchons nous « ensole » et nous « dessole ». Des Mi Ricordo en respiration vous envoûtent.

Il y a toujours un risque à se faire complice du vertige. »

 

 

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