[je] dé-missionne_s’est écrit en butée

IMGP3510Ecrire suppose d’accepter

de s’asseoir pour coucher par écrit

que le teXte existe sur une page, puis sur plusieurs plus ou moins successivement

qu’il s’étire de gauche à droite

la ligne, son horizontalité première, son éternel retour à

que tout cela ait un sens, ou du moins peut-être.

 

Longtemps, j’ai cru qu’accepter était se résigner parce que /je/

gardais le souvenir pétrifiant de la chaise, préférant m’allonger pour coucher par plaisir

me cabrais devant la douce et invisible dictature de la linéarité

voyais dans la page un procédé de contention assurant la pérennité de la correction ortho-graphique.

 

Concurremment, mon corps s’est souvenu jusqu’à percevoir

le livre comme un volume, un espace

chaque page comme telle, à prendre dans sa matérialité brute, un espace à investir dans toutes ses dimensions, une scène sur laquelle jouer et danser

la ligne droite dans son mouvement qu’il fallait détourner.

 

Vivement, la résistance que j’opposais à l’objet a déclenché la nécessité de faire de ce teXte

de cette mise en mouvement d’un individu qui justement ne veut plus revenir à la ligne, ne plus rien écrire du tout.

Le livre fut alors tout un con-teXte propre à travailler, paradoxalement commun et sacralisé

un con-teXte nécessaire en raison des conditions matérielles qui précisément le définissent.

 

Continûment, le teXte est venu s’y mouvoir en butée

contre tant de suffisance, même imaginée

contre les bords qui somment le regard et le pas

contre l’habitude de l’oeil, faire trébucher

contre l’ordre de lecture, percuter

tout contre

au contact

 qu’est-ce que je fais                                                                                                                         j’écris

sur la page quand

qu’est-ce que cela me fait                                                                                                                   je lis

 


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