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6-le faux autoportrait comme vraie fiction

Atelier d’écriture session 6 sur le Tiers Livre de François Bon.

Un détournement du fabuleux Autoportrait d’Edouard Levé.

« rien qui soit tourné vers soi, mais au contraire pris à cette jonction éclatée de l’action (Oeuvres) ou du dehors qui nous happe sans cesse (Journal) … reprendre exactement le principe du livre, phrases sans propositions autres que la principale, présent obligatoire, et fragmentation avec un élément par phrase, constitution d’un bloc fait de l’ensemble de ces fragments, en sachant que c’est précisément la discontinuité de l’un à l’autre qui va faire la force du texte (…) C’est la résistivité qui compte. C’est comment le personnage se construit à contre de l’auteur. C’est comment un auteur se construit lui-même dans sa capacité à organiser la venue d’un personnage qu’il ne domine pas. »


J’enfile mes vêtements par leur envers. Je m’abstiens de compter les choses. J’offre des cailloux à mes proches. Me débarrasser des tickets que l’on me donne me maintient en forme. Je prends soin de poser mon pied sur la barre métallique fixée au sol à chaque fois que je passe un seuil. Conduire avec désinvolture est une question de principe. Je tiens la porte au suivant non par habitude. Les lignes de fuite et autres perspectives exercent sur moi un attrait particulier. Je sautille le plus souvent par conviction. L’obsession à meubler les murs m’étouffe. Je joue de ma gravité en public sans complexe. Les parfums m’insupportent. Je ne donne pas le sentiment d’être pressé. Je préfère toquer que frapper à une porte. Je baille bruyamment, presque aussi fort que j’éternue. Pleurer sans scrupule en pleine rue me prémunit de l’étanchéité du monde. Dans les couloirs, j’entretiens une proximité avec les murs. Garder la bouche fermée me demande un effet musculaire inhabituel et désagréable. Je marche tout du long, sur la tranche. Je ne sais jamais par quelle joue commencer une bise. Je continue de fréquenter les bords d’un peu trop près. Je laisse l’équivalent d’une gorgée au fond de ma tasse ou de mon verre, rarement plus ni moins. Je veille à descendre des trottoirs régulièrement. L’intangible verticalité me fait douter du bien-fondé des choses. Je m’assois par terre aussi souvent que possible quelque soit le lieu. Comprendre l’arithmétique des fenêtres ne me paraît pas être un enjeu mineur. Je ne raconte pas d’histoires.

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_au contact_

_au contact_ from natacha margotteau on Vimeo.

Variations depuis terrasse_Bucarest mars 2014.

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