individu

8-Dialogue avec camion

Atelier d’écriture session 8 sur le Tiers Livre de François Bon.

Avec Marguerite Duras, Le camion.

- la convocation d’une situation dialogique, de ces moments biographiques de trouble qu’on garde longtemps, longtemps.

- comment le contexte va porter toute la tension et la signification, tandis que le dialogue en sera allégé, ne sera plus questionné qu’en tant qu’échange oral, en tant que cette oralité même…
- et penser musique, musique, musique


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Vous devriez me suivre
Ne me regardez pas ainsi. Vous m’avez très bien compris.
Vous devriez me suivre.

Je ne vous suis pas.

C’est bien normal. Je n’attendais pas autre chose. Réflexe
naturel
classique.
Mais, tout de même, réfléchissez.
Vous devriez me suivre.

Ecoutez, je prends ce bus tous les matins
à la même heure…

Ou presque.

ou presque et…

Et vous trouvez cela normal

je ne vois pas où est le problème de prendre parfois le suivant.
Du moment que je ne suis pas en retard. L’essentiel
est que j’arrive à l’heure. Et j’arrive à l’heure.

d’arriver à la même heure.

Et vous vous asseyez près de la fenêtre. Enfin, près de, cette, fenêtre,

Parce que de, ce, siège, on a une vue plus large
sur le dehors.

aussi parce que c’est dans le sens de la marche.

Sinon, j’ai mal au coeur.

Et vous trouvez cela normal

Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à choisir sa place dans le bus.
Je ne suis certainement pas la seule personne à le faire, et d’autant plus
pour m’éviter le mal des transports.

d’avoir mal au coeur.
A la même heure ou presque.

Je n’ai rien fait de mal.

C’est bien normal.
Réflexe naturel classique.
Vous devriez me suivre.
Vous vous asseyez comme par hasard juste entre cette fenêtre et moi.

Oui, peut-être.

Non, cela ne peut être « normal peut-être ».
« Evidemment normal », « étrangement normal », alors ça oui.
Mais « normal peut-être », non. Cela n’a pas de sens.

Non, peut-être vous.

Non, « certainement » moi.
Pas certainement « peut-être ». Moi tout court.
Et vous le savez très bien. Vous me dites, bonjour,
tous les matins. A la même heure, ou presque.
Pour venir vous asseoir juste entre cette fenêtre et moi
Ce que je trouve très habile d’ailleurs et d’ici,

Je vous dis, bonjour, par facilité. Cela m’évite de vous dire,
excusez-moi, et ensuite, bonjour.
Reconnaissez que c’est très efficace : il suffit que
j’avance ma jambe devant les vôtres en vous disant, bonjour,
pour que vous empressiez de vous pousser
pour me laisser passer.
En plus, vous pouvez vous satisfaire d’avoir été salué.
C’est la moindre des choses que de saluer une personne
de bon matin, n’est-ce pas ? Cela aide
à bien commencer sa journée.

vous voyez donc bien que c’est « certainement moi ».
Très habile de vous manifester ainsi par un, bonjour,
Cela évite les soupçons,

J’essaie simplement d’être polie.

très habile. La civilité assumée est une très bonne stratégie
pour lisser nos rapports au point de les faire paraître insignifiants.

Mais, il n’y a aucun rapport entre vous et moi.

C’est bien ce que je vous dis.
Vous devriez me suivre.

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6-le faux autoportrait comme vraie fiction

Atelier d’écriture session 6 sur le Tiers Livre de François Bon.

Un détournement du fabuleux Autoportrait d’Edouard Levé.

« rien qui soit tourné vers soi, mais au contraire pris à cette jonction éclatée de l’action (Oeuvres) ou du dehors qui nous happe sans cesse (Journal) … reprendre exactement le principe du livre, phrases sans propositions autres que la principale, présent obligatoire, et fragmentation avec un élément par phrase, constitution d’un bloc fait de l’ensemble de ces fragments, en sachant que c’est précisément la discontinuité de l’un à l’autre qui va faire la force du texte (…) C’est la résistivité qui compte. C’est comment le personnage se construit à contre de l’auteur. C’est comment un auteur se construit lui-même dans sa capacité à organiser la venue d’un personnage qu’il ne domine pas. »


J’enfile mes vêtements par leur envers. Je m’abstiens de compter les choses. J’offre des cailloux à mes proches. Me débarrasser des tickets que l’on me donne me maintient en forme. Je prends soin de poser mon pied sur la barre métallique fixée au sol à chaque fois que je passe un seuil. Conduire avec désinvolture est une question de principe. Je tiens la porte au suivant non par habitude. Les lignes de fuite et autres perspectives exercent sur moi un attrait particulier. Je sautille le plus souvent par conviction. L’obsession à meubler les murs m’étouffe. Je joue de ma gravité en public sans complexe. Les parfums m’insupportent. Je ne donne pas le sentiment d’être pressé. Je préfère toquer que frapper à une porte. Je baille bruyamment, presque aussi fort que j’éternue. Pleurer sans scrupule en pleine rue me prémunit de l’étanchéité du monde. Dans les couloirs, j’entretiens une proximité avec les murs. Garder la bouche fermée me demande un effet musculaire inhabituel et désagréable. Je marche tout du long, sur la tranche. Je ne sais jamais par quelle joue commencer une bise. Je continue de fréquenter les bords d’un peu trop près. Je laisse l’équivalent d’une gorgée au fond de ma tasse ou de mon verre, rarement plus ni moins. Je veille à descendre des trottoirs régulièrement. L’intangible verticalité me fait douter du bien-fondé des choses. Je m’assois par terre aussi souvent que possible quelque soit le lieu. Comprendre l’arithmétique des fenêtres ne me paraît pas être un enjeu mineur. Je ne raconte pas d’histoires.

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A sa place-acte I…Prenez place

Un grand merci à François Bon qui accueille sur Tiers Livre la publication du texte « Prenez place« , scène d’ouverture d’un projet d’écriture intitulé  « A sa place » (titre provisoire). Un merci grand donc pour rester toujours ouvert aux nouvelles voix.

La forme de ce projet d’écriture est en mouvement. Comme souvent s’écrit avec la scène en tête. Pour écrire, il me faut provoquer une situation d’énonciation. Encore une fois, celle-ci naît sur un plateau : un espace à investir, un décor et des corps pour entrer dans le réel.

 

 

 

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Muscles gravitaires-2

S« Tout un système de muscles dits gravitaires, dont l’action échappe pour une grande part à la conscience vigile et à la volonté, est chargé d’assurer notre posture ; ce sont eux qui maintiennent notre équilibre et qui nous permettent de nous tenir debout sans avoir à y penser. (…)

Ils se trouvent que ces muscles sont aussi ceux qui enregistrent nos changements d’état affectif et émotionnel. Ainsi, toute modification de notre posture aura une incidence sur notre état émotionnel, et réciproquement tout changement affectif entraînera une modification même imperceptible de notre posture. C’est le pré-mouvement, invisible, imperceptible pour le sujet lui-même, qui met en œuvre en même temps le niveau mécanique et le niveau affectif de son organisation. Selon notre humeur et l’imaginaire du moment, la contraction du mollet qui prépare à notre insu le mouvement du bras sera plus ou moins forte et donc changera la signification perçue. La culture, l’histoire (…), et (la) manière de ressentir une situation, de l’interpréter, va induire une  » musicalité posturale  » qui accompagnera ou prendra en défaut les gestes intentionnels exécutés. »

Hubert Godard, extrait d’un article intitulé  » le Geste et sa Perception « 

 

Il y a dans cette réciprocité – pour peu qu’on fasse l’effort d’y penser sérieusement –

de quoi reconsidérer le rapport corps/esprit sous l’angle d’une union sans hiérarchie

de quoi questionner l’idée d’une intentionnalité, affirmation d’une volonté toute-puissante dans laquelle s’origineraient nos actions.

de quoi se réjouir de ses déterminations affectives qui inclinent notre trajectoire dans des écarts qui nous échappent.

-S-érendipité où l’attention nous porte

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Muscles gravitaires-1

S« Tout un système de muscles dits gravitaires, dont l’action échappe pour une grande part à la conscience vigile et à la volonté, est chargé d’assurer notre posture ; ce sont eux qui maintiennent notre équilibre et qui nous permettent de nous tenir debout sans avoir à y penser. (…) Ces muscles gravitaires, parce qu’ils sont chargés d’assurer notre équilibre, anticipent sur chacun de nos gestes : par exemple, si je veux tendre un bras devant moi, le premier muscle à entrer en action, avant même que mon bras ait bougé, sera le muscle du mollet, qui anticipe la déstabilisation que va provoquer le poids du bras vers l’avant ».

Extrait d’un article intitulé « le Geste et sa Perception », Hubert Godard.

Il y a dans cette solidarité musculaire – pour peu qu’on fasse l’effort d’y penser sérieusement –
de quoi questionner l’apparente évidence à envisager le corps de façon sectionnée.

de quoi imaginer que les choses ne se passent pas toujours là où l’action apparaît la plus manifeste.

de quoi se réjouir que les élans contraires puissent participer d’un même mouvement.

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Porosité

SAu moins dix fois plus de bactéries que de cellules humaines dans le corps.

Plus de 100 000 milliards rien que dans l’intestin.

La plupart d’entre elles, se retrouvant à l’oeuvre à l’extérieur de notre corps, témoignent de leur appartenance – et donc de la nôtre- à un écosystème bactérien plus large.

 

Il y a dans cette continuité biologique – pour peu qu’on fasse l’effort d’y penser sérieusement –
de quoi reconsidérer notre conception de l’homme comme être souverain et autonome.

de quoi questionner l’idée d’une séparation entre le « soi » et le « non-soi » dans ce qui définirait l’identité.

de quoi se réjouir de cette porosité entre « soi » et « le monde », qui relie nos existences à des altérités extérieures dans la dynamique d’une « transitivité » constitutive.

 

 

-S-érendipité où l’attention nous porte

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