mouvement

4- Artaud en juste 100 mots

Atelier d’écriture session 4 sur le Tiers Livre de François Bon.

Description d’un état physique (Le Pèse-Nerfs, 1925) d’Antonin Artaud mais compacifier avec les mots d’Artaud qui servent de balises. « une écriture sans sujet. Ce qui s’exprime, on ne sait pas – le corps parle, ou quelque chose en soi parle qu’on ne maîtrise pas. »

Revenir sur un moment de perte de contrôle, de lâcher-prise du mental sur le corps sans qu’il soit possible de deviner l’événement biographique qui en est la source.


Une sensation de fourmillement intense le long de la colonne – colonne qui vertébrale tout le corps, le dos déployé au-delà de la peau. Fourmillement qui bouillonne tout en muscles par la force de l’os. Vertical, tellement debout les pieds dans le bassin talons plantés que le passage au sol ne saurait être ni perte ni défaite. Du coccyx la queue pousse par la nuque, le geste d’une tête en place de l’animal – la bascule. Mâchoires lâchées, la bouche entre-ouverte épingle le regard par le dessous, tendu sans rien ignorer du torse. Langue à l’affût, les dents qui gouttent.

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L’aiR Nu des ricordi

Chronique d’une expérience de lecture :

j’ai lu et relu Ricordi de Christophe Grossi pour les premières fois en décembre 2014. Son livre était arrivé au Temps de Vivre (librairie-lieu à Aixe-sur-Vienne) après un long voyage, la veille de mon départ pour  Tilos la grecque. J’ai donc emporté ce bel objet de l’Atelier contemporain avec moi dans le silence et le blanc bleu de l’île.

De cette lecture, j’ai fait une recension pour la revue nonfiction et un article sur le cabinet d’écriture numérique sur Rue89. Mais cela était insuffisant, il restait à dire. Nulle part je n’avais trouvé l’espace de dire ce que ces lectures-relectures m’avaient fait au corps : par où étaient passés ces ricordi, comment ils étaient de ce qui nous meut.

Je pensais l’écrire ici mais ressentais davantage la nécessité de le dire, de le dire avec. Le temps de vivre fait son chemin. Et il y a des rencontres. Au printemps dernier, Mathilde Roux me demande de lire Ricordi pour L’aiR Nu ; un espace de la parole s’est alors ouvert. Ce collectif (Piero Cohen-Hadria, Mathilde Roux, Anne Savelli, Joachim Séné) offre une belle aventure : « inscrire la littérature dans un lieu, par la voix, l’écriture et la lecture ». Merci à eux.

J’ai donc lu Ricordi comme il m’avait fait au corps, entre manège et cirque, avec

sur le chemin de L’aiR Nu, l’Italie dans le dos. (cliquer sur l’image pour lancer la mise en sons)

Capture d'écran 2015-09-30 13.07.27

 

Après le temps de dire, revient le temps d’écrire.

Je retranscris ici les quelques mots que j’avais notés en décembre 2014 en écho à cette expérience de lecture des ricordi :

« A lire et relire les ricordi, je me demandais à mon tour combien de temps durerait ce cirque.

Un livre qui donne du fil à retordre, l’esprit se retrouvant aussi entortillé qu’une corde. La sensation paradoxale que tout se tient, tout file, se lie et se lit à la fois. Une expérience de lecture qui vient percuter mon terrain d’écriture : la relation des objets écrits au corps.

Les Ricordi troublent la gravité, cette ligne d’équilibre qui prédispose au mouvement. Chahutent la posture. Comme une intranquilité joueuse. L’impression qu’il me faut redoubler d’attention pour sentir quelles parties du corps font contact avec le sol et comment elles le font, comment en retour ce que nous touchons nous « ensole » et nous « dessole ». Des Mi Ricordo en respiration vous envoûtent.

Il y a toujours un risque à se faire complice du vertige. »

 

 

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Anna Rodriguez-Paroles en l’air

2014-09-14Je suis l’Atelier d’Anna Rodriguez depuis plus de deux ans. Quand je peux, quand je passe, je fais en fait en sorte de passer pour pouvoir.

Le regard d’Anna donne lieu à une parole.

D’où lui viennent ces mots, peut-être d’une langue qu’elle ne connaît pas encore elle-même, surprise lorsque je lui répète ses phrases. Sa petite folie catalane ne me semble pas étrangère à l’affaire, lui faisant tourner en bouche autrement le français.

L’envie est née de venir capter ces paroles en l’air au-dessus de nos corps. Les collecter, les rassembler, les faire résonner comme matériau d’écriture.                                                             

Photographie : Raphaël Charuel


 

« Quand on laisse le corps, on est à court de mots.« 

atelier – mercredi 23 septembre 2015.

« Tu appartiens à cette terre, alors viens toucher le sol »

« On joue avec trop d’éléments et on n’arrive pas à tracer un chemin. On fait une brocante et on vend tout, trop pour rien« 

atelier – jeudi 24 septembre 2015.

 

 

 


Anna Rodriguez mène en collaboration avec Nicolas Mège l’atelier « La Danse de l’Acteur »  sur la théâtralisation du mouvement dansé qui, travaillé comme matériel chorégraphique et dramaturgique, invite l’artiste à développer la physicalité de sa voix.

Voir les autres billets :

Anna Rodriguez- « ne cherche pas trouve »

Anna Rodriguez-regard

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движение

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A sa place-acte I…Prenez place

Un grand merci à François Bon qui accueille sur Tiers Livre la publication du texte « Prenez place« , scène d’ouverture d’un projet d’écriture intitulé  « A sa place » (titre provisoire). Un merci grand donc pour rester toujours ouvert aux nouvelles voix.

La forme de ce projet d’écriture est en mouvement. Comme souvent s’écrit avec la scène en tête. Pour écrire, il me faut provoquer une situation d’énonciation. Encore une fois, celle-ci naît sur un plateau : un espace à investir, un décor et des corps pour entrer dans le réel.

 

 

 

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Claude Favre-apparition fémorale

Langues de guingois vous topent. Vous êtes curieux vous imaginez. Un troubadour passionné. Vous êtes curieux vous tapez. Rien de clair ni d’évident n’apparaît. Vous êtes curieux vous trouvez. Les premières rencontres se multiplient. D’un texte à l’autre, d’un mot à l’autre, d’une respiration, une écriture. Vous êtes curieux vous ne savez pas très bien pourquoi. Vous avez envie de trouver encore. Vous sentez quelque chose pousser. Vous êtes curieux vous tirez. La langue à votre tour.

Un fémur entre les yeux. Vous êtes là.

Une situation de lecture vous a propulsé d’images en état de corps jusqu’à un territoire impossible. En saccade. Vous êtes curieux pourquoi comment. Cette apparition fémorale. Une puissance ossifiante en nouvel appui vous déploie sauvagement. L’instinct entre les dents, l’appel de la langue, le corps en alerte.

« chère Claude, votre écriture est de l’ordre du fémur »

La force de l’os

qui traverse le corps, le plus long le plus solide, incliné pour tenir debout, soucieux de la gravité, l’énergie du mouvement, attentif à ce qui se passe en bas.

qui articule les émotions avec les jambes, une façon de se mouvoir, de pleine fébrilité, de déboîtements impromptus, fonction du temps. L’impulsion au point de fracture.

Par son écriture/à sa lecture, elle bouge déclenche ouvre autrement le mouvement une envie un nouveau champ d’écriture.

 

Le fémur à la langue.

Vous êtes curieux.

 

Merci à Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois.

 

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Muscles gravitaires-2

S« Tout un système de muscles dits gravitaires, dont l’action échappe pour une grande part à la conscience vigile et à la volonté, est chargé d’assurer notre posture ; ce sont eux qui maintiennent notre équilibre et qui nous permettent de nous tenir debout sans avoir à y penser. (…)

Ils se trouvent que ces muscles sont aussi ceux qui enregistrent nos changements d’état affectif et émotionnel. Ainsi, toute modification de notre posture aura une incidence sur notre état émotionnel, et réciproquement tout changement affectif entraînera une modification même imperceptible de notre posture. C’est le pré-mouvement, invisible, imperceptible pour le sujet lui-même, qui met en œuvre en même temps le niveau mécanique et le niveau affectif de son organisation. Selon notre humeur et l’imaginaire du moment, la contraction du mollet qui prépare à notre insu le mouvement du bras sera plus ou moins forte et donc changera la signification perçue. La culture, l’histoire (…), et (la) manière de ressentir une situation, de l’interpréter, va induire une  » musicalité posturale  » qui accompagnera ou prendra en défaut les gestes intentionnels exécutés. »

Hubert Godard, extrait d’un article intitulé  » le Geste et sa Perception « 

 

Il y a dans cette réciprocité – pour peu qu’on fasse l’effort d’y penser sérieusement –

de quoi reconsidérer le rapport corps/esprit sous l’angle d’une union sans hiérarchie

de quoi questionner l’idée d’une intentionnalité, affirmation d’une volonté toute-puissante dans laquelle s’origineraient nos actions.

de quoi se réjouir de ses déterminations affectives qui inclinent notre trajectoire dans des écarts qui nous échappent.

-S-érendipité où l’attention nous porte

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Muscles gravitaires-1

S« Tout un système de muscles dits gravitaires, dont l’action échappe pour une grande part à la conscience vigile et à la volonté, est chargé d’assurer notre posture ; ce sont eux qui maintiennent notre équilibre et qui nous permettent de nous tenir debout sans avoir à y penser. (…) Ces muscles gravitaires, parce qu’ils sont chargés d’assurer notre équilibre, anticipent sur chacun de nos gestes : par exemple, si je veux tendre un bras devant moi, le premier muscle à entrer en action, avant même que mon bras ait bougé, sera le muscle du mollet, qui anticipe la déstabilisation que va provoquer le poids du bras vers l’avant ».

Extrait d’un article intitulé « le Geste et sa Perception », Hubert Godard.

Il y a dans cette solidarité musculaire – pour peu qu’on fasse l’effort d’y penser sérieusement –
de quoi questionner l’apparente évidence à envisager le corps de façon sectionnée.

de quoi imaginer que les choses ne se passent pas toujours là où l’action apparaît la plus manifeste.

de quoi se réjouir que les élans contraires puissent participer d’un même mouvement.

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