volonté?

ou le fantasme de l’être qui se croit souverain et autonome

8-Dialogue avec camion

Atelier d’écriture session 8 sur le Tiers Livre de François Bon.

Avec Marguerite Duras, Le camion.

- la convocation d’une situation dialogique, de ces moments biographiques de trouble qu’on garde longtemps, longtemps.

- comment le contexte va porter toute la tension et la signification, tandis que le dialogue en sera allégé, ne sera plus questionné qu’en tant qu’échange oral, en tant que cette oralité même…
- et penser musique, musique, musique


IMG_1990

Vous devriez me suivre
Ne me regardez pas ainsi. Vous m’avez très bien compris.
Vous devriez me suivre.

Je ne vous suis pas.

C’est bien normal. Je n’attendais pas autre chose. Réflexe
naturel
classique.
Mais, tout de même, réfléchissez.
Vous devriez me suivre.

Ecoutez, je prends ce bus tous les matins
à la même heure…

Ou presque.

ou presque et…

Et vous trouvez cela normal

je ne vois pas où est le problème de prendre parfois le suivant.
Du moment que je ne suis pas en retard. L’essentiel
est que j’arrive à l’heure. Et j’arrive à l’heure.

d’arriver à la même heure.

Et vous vous asseyez près de la fenêtre. Enfin, près de, cette, fenêtre,

Parce que de, ce, siège, on a une vue plus large
sur le dehors.

aussi parce que c’est dans le sens de la marche.

Sinon, j’ai mal au coeur.

Et vous trouvez cela normal

Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à choisir sa place dans le bus.
Je ne suis certainement pas la seule personne à le faire, et d’autant plus
pour m’éviter le mal des transports.

d’avoir mal au coeur.
A la même heure ou presque.

Je n’ai rien fait de mal.

C’est bien normal.
Réflexe naturel classique.
Vous devriez me suivre.
Vous vous asseyez comme par hasard juste entre cette fenêtre et moi.

Oui, peut-être.

Non, cela ne peut être « normal peut-être ».
« Evidemment normal », « étrangement normal », alors ça oui.
Mais « normal peut-être », non. Cela n’a pas de sens.

Non, peut-être vous.

Non, « certainement » moi.
Pas certainement « peut-être ». Moi tout court.
Et vous le savez très bien. Vous me dites, bonjour,
tous les matins. A la même heure, ou presque.
Pour venir vous asseoir juste entre cette fenêtre et moi
Ce que je trouve très habile d’ailleurs et d’ici,

Je vous dis, bonjour, par facilité. Cela m’évite de vous dire,
excusez-moi, et ensuite, bonjour.
Reconnaissez que c’est très efficace : il suffit que
j’avance ma jambe devant les vôtres en vous disant, bonjour,
pour que vous empressiez de vous pousser
pour me laisser passer.
En plus, vous pouvez vous satisfaire d’avoir été salué.
C’est la moindre des choses que de saluer une personne
de bon matin, n’est-ce pas ? Cela aide
à bien commencer sa journée.

vous voyez donc bien que c’est « certainement moi ».
Très habile de vous manifester ainsi par un, bonjour,
Cela évite les soupçons,

J’essaie simplement d’être polie.

très habile. La civilité assumée est une très bonne stratégie
pour lisser nos rapports au point de les faire paraître insignifiants.

Mais, il n’y a aucun rapport entre vous et moi.

C’est bien ce que je vous dis.
Vous devriez me suivre.

Share Button

Anna Rodriguez-« ne cherche pas trouve »

Capture d'écran 2014-10-31 08.40.15

 


 

1415446_10152786329293656_5497297560022151036_o« ne cherche pas trouve » résonne Anna. Récit d’expériences à l’Atelier.

Anna Rodriguez mène en collaboration avec Nicolas Mège l’atelier « La Danse de l’Acteur » (Mains d’Oeuvres) axé sur la mobilité de l’artiste et sa rencontre avec le mouvement dansé qui, travaillé comme matériel chorégraphique et dramaturgique, invite celui-ci à développer la physicalité de sa voix.

Photo Arnaud Cereghetti

Voir le précédant billet Anna Rodriguez-regard

 

Une réaction? c’est ici

Share Button

Muscles gravitaires-2

S« Tout un système de muscles dits gravitaires, dont l’action échappe pour une grande part à la conscience vigile et à la volonté, est chargé d’assurer notre posture ; ce sont eux qui maintiennent notre équilibre et qui nous permettent de nous tenir debout sans avoir à y penser. (…)

Ils se trouvent que ces muscles sont aussi ceux qui enregistrent nos changements d’état affectif et émotionnel. Ainsi, toute modification de notre posture aura une incidence sur notre état émotionnel, et réciproquement tout changement affectif entraînera une modification même imperceptible de notre posture. C’est le pré-mouvement, invisible, imperceptible pour le sujet lui-même, qui met en œuvre en même temps le niveau mécanique et le niveau affectif de son organisation. Selon notre humeur et l’imaginaire du moment, la contraction du mollet qui prépare à notre insu le mouvement du bras sera plus ou moins forte et donc changera la signification perçue. La culture, l’histoire (…), et (la) manière de ressentir une situation, de l’interpréter, va induire une  » musicalité posturale  » qui accompagnera ou prendra en défaut les gestes intentionnels exécutés. »

Hubert Godard, extrait d’un article intitulé  » le Geste et sa Perception « 

 

Il y a dans cette réciprocité – pour peu qu’on fasse l’effort d’y penser sérieusement –

de quoi reconsidérer le rapport corps/esprit sous l’angle d’une union sans hiérarchie

de quoi questionner l’idée d’une intentionnalité, affirmation d’une volonté toute-puissante dans laquelle s’origineraient nos actions.

de quoi se réjouir de ses déterminations affectives qui inclinent notre trajectoire dans des écarts qui nous échappent.

-S-érendipité où l’attention nous porte

Share Button

Muscles gravitaires-1

S« Tout un système de muscles dits gravitaires, dont l’action échappe pour une grande part à la conscience vigile et à la volonté, est chargé d’assurer notre posture ; ce sont eux qui maintiennent notre équilibre et qui nous permettent de nous tenir debout sans avoir à y penser. (…) Ces muscles gravitaires, parce qu’ils sont chargés d’assurer notre équilibre, anticipent sur chacun de nos gestes : par exemple, si je veux tendre un bras devant moi, le premier muscle à entrer en action, avant même que mon bras ait bougé, sera le muscle du mollet, qui anticipe la déstabilisation que va provoquer le poids du bras vers l’avant ».

Extrait d’un article intitulé « le Geste et sa Perception », Hubert Godard.

Il y a dans cette solidarité musculaire – pour peu qu’on fasse l’effort d’y penser sérieusement –
de quoi questionner l’apparente évidence à envisager le corps de façon sectionnée.

de quoi imaginer que les choses ne se passent pas toujours là où l’action apparaît la plus manifeste.

de quoi se réjouir que les élans contraires puissent participer d’un même mouvement.

Share Button